Il y a 40 ans, la célèbre bibliothèque Billy de l’enseigne suédoise avait été conçue à partir de déchets industriels. A l’époque, les matières valorisables et les poussières de scieries étaient considérées comme des déchets à éliminer. Le groupe Ikea souhaite depuis, agir pour l’environnement à tous les niveaux, depuis la conception des produits et la provenance des matières, à la logistique. Non sans quelques contraintes. Fort de résultats prometteurs en 2017, Ikea poursuit sa stratégie à l’horizon 2030.
Pour expliquer son engagement environnemental, le fabricant de meubles souligne la pression des coûts énergétiques et des matières premières sur l’activité économique et sur les ménages. Le recyclage et l’emploi de matériaux renouvelables sont au coeur de sa stratégie 2030. Ikea entrevoit dans cette démarche une réelle opportunité industrielle et commerciale, même si les défis et les freins sont aussi très réels. Depuis 2016, les indicateurs sont néanmoins au vert ; les efforts payent. Ikea a utilisé 98 % de matières renouvelables, recyclables ou recyclées. Il y a deux ans, 83,1 % des déchets générés par le groupe ont été soit recyclés ou valorisés en énergie. L’an dernier, ce taux est passé à 83,4 %. Parmi les moyens mis en œuvre, l’industriel a investi dans 18 presses à balles supplémentaires, soit un total de 116 machines, pour pré-traiter 9600 tonnes par an d’emballages cartonnés en plus.
Le plastique grippe les résultats
Le développement du recyclage est une priorité. Pourtant le taux de recyclage dans les centres commerciaux restent encore faible (18 %) contre 73 % dans les sites de reprise, 87 % dans les centres de distribution et 31 % dans les bureaux administratifs. Sans doute des efforts en interne sont nécessaires, mais le fabricant admet que la plus grande difficulté rencontrée est le manque d’infrastructures de recyclage à l’échelle locale dans certains pays.
En 2016, Ikea souhaitait d’ici à 2020 que toutes les matières plastiques utilisées dans ses produits soient 100 % renouvelables ou recyclées. Impossible déplore-t-on au sein du groupe même à l’horizon 2030. La disponibilité insuffisante du marché en matières régénérées mais aussi, les limites techniques liées à l’intégration d’additifs issus de matières vierges, expliquent cette situation. Pour 2017, le groupe visait 50 % des matières non renouvelables en matières recyclées. Cet objectif a été reporté sur l’exercice fiscal 2018. Si des avancées sont visibles dans l’aluminium ou l’acier avec respectivement un taux de recyclage de 72 % et 50 %, le plastique pose toujours problème.
Concilier recyclage, prévention et réemploi
Autre constat, l’augmentation des flux de déchets. En 2016, ceux-ci ont crû de 16,5 % tandis qu’en 2017, 40 000 tonnes de déchets supplémentaires ont été enregistrées. Deux raisons sont évoquées : d’une part, le groupe l’explique par une forte croissance de son activité, d’autre part, il reconnaît avoir négligé la prévention en concentrant ses actions sur les performances de recyclage. Cette année, changement de stratégie et place aux programmes de prévention et réduction des déchets. D’ici 2030, les déchets d’activités en magasin seront réduits d’au moins 10 %. En 2016, les déchets issus des magasins Ikea ont représenté plus de 77 % du gisement total de déchets produits. Un projet sur la réduction des déchets alimentaires dans les espaces de restauration, a été lancé avec pour objectif de réduire ce flux de 50 % d’ici 2020.
Entre 15 et 20 millions de pièces de literie envoyées en décharge chaque année aux Etats-Unis
Le groupe Ikea propose désormais des services de reprise de matelas et de canapé dans la plupart des pays où se trouvent ses magasins. Il a lancé l’été dernier, un vaste programme de recyclage de matelas aux Etats-Unis. Entre 15 et 20 millions de matelas et sommiers sont mis en décharge chaque année dans ce vaste pays, soit en moyenne 50 000 matelas par jour encombrant l’espace des centres de stockage. Le fabricant suédois s’est engagé à récupérer les matelas de toutes marques outre-atlantique, lorsqu’il livre ou vend ses produits. Pour ce service de gestion, Ikea demande 25 dollars par matelas, sauf en Californie où leur recyclage est gratuit pour le consommateur, grâce à une législation environnementale spécifique. Dans deux autres Etats : le Connecticut et Rhode Island, des lois ont également été promulguées pour favoriser le recyclage des matelas. Dans ce contexte, Ikea a pris les choses en main en valorisant ces produits usagés, composés d’acier, de mousses, de coton, de bois, valorisables à plus de 95 % pour certaines matières.
Boucler la boucle
Le dernier rapport RSE du groupe pour l’année 2017 est sorti le 6 mars. En matière d’économie circulaire, les idées fusent avec notamment 100 projets identifiés. Un coup d’accélérateur a été donné dans de nombreux pays où Ikea est implanté. Ainsi, le déploiement des structures de reprise a permis aux Etats Unis de recycler plus de 40 000 matelas, de collecter au Royaume-Uni, une tonne de textiles, et de revendre au Japon 1600 produits sur 1900 ramenés. En Belgique, un atelier/ magasin a été ouvert pour vendre des pièces détachées, destinées à la réparation de meubles.
En France, Ikea encourage ses clients à travers l’opération Seconde Vie, à rapporter les produits non désirés, pour être revendus en magasins. Depuis l’an dernier, une gamme de mobiliers de cuisine propose des portes intégrant du plastique PET issu de bouteille et des copeaux de bois recyclés. Ikea France a par ailleurs mis en oeuvre la récupération et le recyclage des films de palettisation provenant de la logistique, pour l’intégrer dans la composition de flacons pulvérisateurs Tomat. De la même façon, des travaux sont en cours sur des solutions de recyclage de carton et de bois. Avec un objectif de 30 % du bois utilisé, recyclés d’ici 2020, le groupe planche sur de nouveaux procédés traitement pour recycler du bois issu de panneau ou de décors de showroom. En Espagne et en Italie, cela a déjà permis de détourner de l’incinération, plus de 20 000 tonnes de bois.
Matières recyclées à fort potentiel
En quête de nouvelles matières issues du recyclage, le fabricant étudie les flux de déchets dans le monde, leur disponibilité et leur recyclabilité. Avec au programme des visites de sites de stockage et des partenariats industriels en vue d’intégrer des matériaux recyclés. En coopération avec Accenture, entreprise internationale de conseil aux industriels dans plusieurs secteurs dont l’environnement, Ikea a dirigé le projet External Feedstock qui a permis d’analyser l’offre mondiale des différentes matières recyclées et la manière dont Ikea pourrait acheter et utiliser ces matières. Résultat : à ce jour, 32 matériaux recyclés ont été ciblés dans le bois, les plastiques, le papier, les métaux, et le textile. D’ici une dizaine d’années, les gisements de déchets intégreront en grande partie les produits du groupe. Pour son image mais aussi pour garantir la pérennité de ses approvisionnements. Car d’ici à 2030, le Suédois a estimé ses besoins en matières premières de l’ordre de 24 millions de tonnes.
Chiffres en plus :
En 2017, Ikea a réalisé 34,1 milliards d’euros de chiffre d’affaire vs 32,9 en 2016. Le groupe dispose de 355 magasins dans 29 pays et emploie 149 000 salariés.
Crédit : Ikea, Lina Arvidsson
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